Le Panafricanisme en bref

Panafricanisme en bref

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Le panafricanisme est une idée politique et un mouvement qui promeut et encourage la pratique de la solidarité entre les Africains où qu’ils soient dans le monde1.

Le panafricanisme est à la fois une vision sociale, culturelle et politique d’émancipation des Africains et un mouvement qui vise à unifier les Africains du continent et de la diaspora africaine en une communauté africaine globale. Le cœur de son principe est la croyance que les peuples d’Afrique et de la diaspora partagent une histoire et une destinée commune et que leur progrès social, économique et politique est lié à leur unité. Son objectif ultime est la réalisation d’une organisation politique intégrée de toutes les nations et peuples d’Afrique.

Le mot « panafricain » est apparu à la fin du xixe siècle lors de la préparation de la Conférence panafricaine de 1900. Historiquement, l’idée se développe en réaction aux conséquences du démantèlement progressif de l’esclavage en Amérique. L’expansion du panafricanisme se retrouve dans les écrits et discours de quelques figures fondatrices, parmi lesquelles Edward Wilmot Blyden et Anténor Firmin. Au début du xxe siècle, d’autres figures telles que Benito Sylvain ou W. E. B. Du Bois contribuent à l’affirmation politique du projet panafricain. Avec la décolonisation, celui-ci prend une ampleur nouvelle et se retrouve incarné par des dirigeants tels que Kwamé Nkrumah. Encore aujourd’hui, le panafricanisme s’exprime en Afrique comme dans les anciennes puissances coloniales dans les domaines politique, économique, littéraire ou encore culturel. La plus large organisation panafricaine aujourd’hui est l’Union africaine 2.L’une des figures les plus visibles du panafricanisme moderne est Kemi Seba

2- Les précurseurs du panafricanisme et les congrès panafricains

 

Le panafricanisme est véritablement enfanté par la Diaspora africaine. Ses premiers concepteurs sont en effet, les élites Noirs descendants des esclaves. Les Africains du continent ne rejoindront le mouvement qu’à la moitié du xxè siècle. Il peut être citer plusieurs noms aussi bien de la diaspora que du continent ; mais qu’il suffise que nous évoquions juste les principaux dont les pensées et actions ainsi que les différents congrès panafricains permettre de retracer l’itinéraire du panafricanisme jusqu’avant l’indépendance en 1957 du premier Etat noire ; le Ghana.

 

« L’Afrique aux Africains » est le titre d’un livre écrit en 1895, curieusement par un pasteur britannique, BOOTH, en poste aux Nyassaland (Malawi). Ce livre influencera le nationaliste John CHILEMBWE qui après des études dans un séminaire aux Etats-Unis revient au Nyassaland ou il créa avec d’autres l’ « Union Chrétienne Africaine » en 1897 qui adopta justement le mot d’ordre « L’Afrique aux Africains »5. Cette organisation recevra le soutien des Noirs Sud- Africains comme Salomon KUMALO.
-La première conférence panafricaine est organisée au seuil du xxè siècle, en juillet 1900 à Londres afin de susciter un élan de solidarité en faveurs des Noirs souffrant du colonialisme. Elle est organisée par Sylvester WILLIAMS avocat de Trinidad et est placée sous un double signe.


D’abord celui de la religion puisque y participent des membres du clergé américain dont un représentant (l’évêque Alexander WALTERS) va présider la conférence. Le discours d’ouverture étant dit par l’évêque de Londres. Cette proximité ou même cette connexion avec la religion notamment chrétienne va être très présente dans les milieux et rencontres panafricains durant plusieurs pratiquement les deux premières décennies du xxè siècle.


La conférence est incontestablement politique; elle dénonce la politique britannique en pleine guerre des Boers en Afrique du Sud et l’intensification du racisme contre les Noirs dans ce pays et interpelle la Reine Victoria. La conférence à l ‘instar de celles qui la suivront jusqu’à l’après Seconde guerre mondiale, est dominée par la présence des Noirs de la Diaspora (vingt et quatre contre quatre représentants du continent). Cette première conférence enregistre la participation de celui qui allait être considéré comme le «père du panafricanisme » ; W.E.B. Du BOIS.
Du BOIS est chargé d’adresser un message aux nations du monde au cours de la conférence Il déclare que « le problème crucial du xxè siècle est celui de couleur et de race, c’est à dire, les rapports entre les gens de la race blanche et ceux des races foncées »6. Du BOIS va porter un demi-siècle durant l’idéal panafricaine et
5 Joseph KI-ZERBO, op.cit, p 645. 6 Lansiné KABA, op. cit., p 46.

restera le personnage central de toutes les rencontres panafricaines jusqu’après la Seconde Guerre mondiale. Il fonde et anime l’Association Nationale pour la Promotion des gens de Couleur (NAACP).
Aristocrate et analyste froid, son rôle de leadership intellectuel du mouvement panafricaniste va être appuyer par celui de leader du courant populaire joué par Marcus GARVEY ; quoique les deux personnalités de tempérament différent, sont fortement opposées.
GARVEY, Jamaïcain d’origine, est avant tout, un fin organisateur des masses, tribun passionné et imprévisible. Il va populariser l’idéal panafricain dans les ghettos des villes et des campagnes des Etats-Unis. Son influence déborde jusqu’en Afrique occidentale et centrale et dans les milieux africains en Europe. Il prône avec son organisation l’Association Universelle pour la Promotion des Noirs, « le retour en Afrique » des esclaves affranchis.

GARVEY et Du BOIS représentent deux dimensions du panafricanisme naissant. L’un, bouillant et radical leader, représente le courant populaire ; tant que l’autre, aristocrate et fin analyste, représente le courant intellectuel du mouvement.
Le panafricanisme durant cette première conférence est dominé par la participation des Africains de la Diaspora, et est très proche des milieux religieux chrétiens ; mais aussi il est amorce déjà un élan politique en dénonçant la conditions des Noires des colonies
-A la suite de cette première conférence se tiendra une autre à la fin de la Première Guerre mondiale en juillet 1919 à Paris où les Alliés vont discuter des modalités de la paix.

 

En dépit des énormes tracasseries en leur encontre, les militants panafricanistes réussissent à faire le déplacement de Paris. Une quarantaine de délégués de la Diaspora rencontre une douzaine d’Africains de neuf pays présents en Europe.
Cette deuxième conférence confirme l’anti-colonialisme certes encore timorée de la première. La conférence réclame la participation des colonisés aux affaires de leurs pays, ainsi que le droit à l’enseignement en faveurs de ceux-ci. Egalement l’établissement d’un

« code de lois et un bureau international pour la protection des noirs » est demandé cependant que l’Afrique du Sud est encore indexée pour son occupation de la Namibie et le racisme contre des peuples Noirs.


-A la troisième conférence qui se tiendra en 1921 à Londres, Bruxelles et Paris ; l’anti-colonialisme du mouvement monte d’un cran et explique d’ailleurs les déplacements de la conférence entre ces trois villes. Les capitales occidentales soupçonnent le mouvement de collusion avec le bolchevisme qui vient de parvenir au pouvoir en Russie à l’issue de la Révolution d’octobre 1917. A la suite de cette conférence une pétition écrite par Du BOIS sur l’apartheid est publiée comme document officiel par la Société des Nations.

-La quatrième rencontre tenue en à Londres et Lisbonne en 1926, se situe dans la même ligne en focalisant l’attention sur la situation en Afrique du Sud.
-La cinquième conférence est celle de l’internationalisme et d’une radicalisation de l’inclinaison politique du mouvement. Le congrès quitte le vieux monde et se tient dans le nouveau ; à New York en août 1924. Il condamne l’exploitation des richesses africaines par les étrangers et la politique Etasunienne en Amérique centrale. Il réclame « L’Afrique aux Africains » et lance un appel bien panafricaniste aux dirigeants des Caraïbes à former une fédération pour assurer leur développement. Fait assez remarquable, le congrès remercie l’URSS pour sa politique anti-colonialiste et son soutien aux mouvements anti-colonialiste.

-Le congrès de Manchester en octobre 1945 adopte le socialisme comme philosophie ; ce qui réjouit N’KRUMAH7 qui avec George PADMORE ont été la cheville ouvrière de cette conférence qui les consacre comme leaders panafricains de premier plan. Si GARVEY et Du BOIS forment un couple de leaders panafricains opposés, PADMORE et N’KRUMAH sont au contraire un binôme d’amis et de collaborateurs proches. Le premier journaliste de Trinidad et communiste va influencer largement le second qui allait devenir le leader panafricaniste le plus en vue sur le continent noir.

A cette conférence les Africains du continent sont pour la première fois majoritaires mais il s’agit essentiellement de l’Afrique anglophone. On enregistre entre autre la présence de AKINTOLA, AWOLOWO, Jomo KENYATTA, Wallace JOHNSON, Hastings BANDA et de N’KRUMAH bien évidemment.
Ceux-ci permettent d’orienter résolument les débats sur le colonialisme et la montée du nationalisme. Le congrès affirme ainsi dans un document officiel rédigé par Du BOIS et N’KRUMAH à l’adresse des «puissances impérialistes » ; la « détermination des peuples colonisés d’obtenir leur liberté » et dénoncent « le monopole du capital privé et l’emploi des richesses à des fins personnels »

 

Les congressistes «adoptent le nationalisme panafricain pour réveiller la conscience populaire et créer un mouvement de masse en faveurs de l’indépendance »9. Ce congrès est donc celui de la mutation du contenu raciale du pan-nègrisme vers une affirmation et revendication politique précise. Cependant durant ce temps « l’idée pan-negriste restera confinée chez les Africains francophones essentiellement à la notion littéraire de la Négritude.